Zizek, Onfrayiste masqué

Je viens de lire les deux premiers chapitres du nouveau livre de Zizek: »A travers le Réel, Entretiens avec Fabien Tarby ».
Zizek y parle de sa vision de la psychanalyse et de son rapport à Lacan. Le style est très clair et c’est un vrai plaisir à lire. Zizek parle avec modestie de son analyse personnelle et nous raconte comment il l’a commencée dans une période de désespoir amoureux, et indique que cela lui a fourni le soutien nécessaire pour lutter contre son envie de suicide et pour enfin, après quelques mois, la dépasser. Ensuite, après avoir renoncé à se suicider, il déclare avoir tout fait pour lutter contre tout changement subjectif: « J’ai été actif à chaque instant pour empêcher tout changement » (p10). Pendant deux ans d’analyse, Zizek y a opposé une « résistance absolue »: il a parlé tout le temps pour éviter que l’analyste ne lui pose une question véritable qui l’obligerait à changer. Ensuite, il est parti.
Pour interpréter cet épisode (et justement nous verrons que, selon Zizek, tout doit être interprété, « tout est à analyser »), Zizek parle de la « soustraction », de la nécessité de se retirer de toute fausse activité et d’y mettre fin. Il nous semble que c’était cette analyse elle-même, après la sortie du désespoir, qui constituait la fausse activité. Le début du changement, le passage à l’activité réelle, coïncidait avec l’acte de mettre fin à son analyse. C’était à notre sens, sa façon d’effectuer le saut dans le vide, de passer par « le moment cartésien du vide » (p11). Bien sûr, les symptômes persistent (« aujourd’hui encore je parle trop »), mais le but n’est plus de résoudre les symptômes, c’est encore une idée de trop, un fantasme. Le but est de « changer de relation avec les symptômes » (p32), d’apprendre à vivre avec. Ne pas résoudre les symptômes, mais s’y résoudre. Et Zizek vit bien avec son symptôme de trop parler. La critique implicite du système de l’analyse est radicale: « le système … ne peut se reproduire qu’à travers cette fausse activité permanente » (p11). Zizek parle ici du système « individuel, psychique ou même politique et idéologique », mais la leçon pour l’analyse comme système de guérison est inéluctable. La psychanalyse a d’abord bien fonctionné pour lui sur un mode autoritaire, « bureaucratique ». L’injonction surmoïque de revenir pour la prochaine séance l’a sauvé du suicide. Ensuite la crainte de la parole trop efficace de l’analyste a généré une fausse activité de parole permanente. La « guérison » n’a pas été de cesser de parler pour entendre la question transformatrice de l’analyste, comme le voudrait le fantasme du système de l’analyse. La solution était de quitter l’analyse et de parler en son propre nom.
L’impasse de la psychanalyse, où selon Zizek même Lacan a échoué, est constituée par une double contrainte: (1) il n’y a pas de symbolisation complète, (2) il n’y a pas de désir pur. Du coup, la fin de l’analyse ne peut pas être un point idéal transcendant où on atteint au savoir absolu et à la traversée du fantasme. Ce point de transcendance, cette rencontre éblouissante avec le réel, fait encore partie d’un fantasme; c’est un pôle d’un fantasme dualiste où l’autre pôle est un retour à la vie normale. Le système de l’analyse selon ce fantasme c’est le mouvement transgressif vers un moment authentique de rencontre avec le réel, suivi par le retour vers une sagesse, une prise de distance, une normalité retrouvée. Or Zizek a tout fait pour se soustraire à ce fantasme.
La fin de l’analyse selon la stratégie de Zizek vient avec une soustraction, et non pas une guérison. On sort d’une fausse activité, rendue possible par l’acceptation passive des injonctions surmoïques du cadre psychanalytique (les rendez-vous, l’obligation de parler) et de ses fantasmes (la symbolisation complète, le désir pur, la question qui transforme, la rencontre folle avec le réel, le retour à la vie normale). On entre dans la passivité de Bartleby,: « J’aimerais mieux pas » comme slogan de soustraction, qui n’est pas la prise de distance. Le geste de sagesse estime que « dès lors qu’il n’y a rien à découvrir, sinon le réel, mieux vaut se tenir à une saine distance de tout » (p31). Cette prise de distance trahit le réel et se réfugie dans le conformisme, même si c’est un conformisme lucide, « Conscient que ce n’est qu’un spectacle vide » (p31). Selon Zizek, se soustraire c’est une façon de rester fidèle aux rencontres, de les prolonger dans la vie de tous les jours. C’est la stratégie de fidélité de Zizek dans l’analyse: « J’aimerais mieux pas (changer) ». L’injonction analytique c’est de parler pour changer. La « résistance absolue » de Zizek c’est de parler pour ne pas changer. Car le changement souhaité par le système de l’analyse n’est pas le bon changement, c’est un fantasme de plus.
C’est ici que Zizek, paradoxalement, rejoint Onfray: la psychanalyse (freudienne, lacanienne) ne guérit pas, elle est basée sur des fantasmes de substitution et des gestes de pouvoir. Dans un moment de lucidité Zizek déclare dans des termes foucauldiens « le premier geste de pouvoir de l’analyste sera de dire ce qui mérite d’être analysé et ce qui ne le mérite pas » (p20). Et il en tire la belle conclusion, malheureusement en nommant cela une réponse « freudienne », que « tout est à analyser » (p21), en précisant par des exemples que c’est surtout le conformisme et les gestes de pouvoir des analystes qui sont à analyser. Mais cette intuition elle-même est déjà, quoiqu’on dise, extra-analytique, car si tout est à analyser, le système analytique elle-même est à analyser en tant que fantasme. La stratégie de Bartleby (de Zizek) se lit donc: parler pour ne pas changer selon le fantasme, ni le mien ni celui de mon analyste.
« Tout est à analyser » est ironiquement un slogan jungien, et non pas freudien. Freud n’a pas su, n’a pas voulu poursuivre son auto-analyse au point où il pouvait voir ses trouvailles scientifiques comme des fantasmes de plus, et non pas les réalités derrière le fantasme. C’est ce que Zizek semble insinuer avec sa thèse que le plus-de jouir vient en premier et que la jouissance impossible interdite et refoulée n’est qu’une formation sécondaire projetée comme origine (cf p38-39). Les bases de la théorie freudienne ne sont donc que des fantasmes rétroactifs.
La démarche de Zizek pour brouiller les cartes n’est pas unique à lui. On est « freudien » mais Freud est trop positiviste, trop dogmatique, trop conformiste. Donc on passe à Lacan, qui lui-même est trop dogmatique, trop structuraliste, trop conformiste. Donc on démultiplie Lacan, on distingue des Lacans successifs: Lacan 1, 2, 3, 4; et on prélève ce qui nous convient. Zizek aime bien le « vieux Lacan » ou le « dernier Lacan », mais non le Lacan de la fin. Il aime Lacan 3, qui a abandonné la notion de la cure comme guérison des symptômes (p32). Mais il rejette Lacan 4, avec ses schémas topologiques (p35). De surcroît, tout en précisant que son Lacan reste celui de Jacques-Alain Miller, il se moque de Miller en le comparant, ironie cruelle, à Althusser juste avant son écroulement. Il est clair que « Lacan » fonctionne comme un fantasme pour pouvoir valider rétroactivement ses propres idées. Et même toutes ces opérations sont insuffisantes, parce que Lacan n’a pas vu que le plus-de-jouir précède la jouissance impossible.
Il est clair aussi que Zizek, comme d’habitude, cède tout à l’adversaire une fois qu’il l’a condamné sans ambages. Ainsi, il condamne le mysticisme New Age à maintes reprises, pour ensuite valoriser le « moment cartésien du vide, accompli par Lacan » (p11). Ce passage par le vide pour amorcer le changement n’a bien sûr rien à voir avec le mysticisme, parce que Zizek a bien pris soin d’insérer l’adjectif « cartésien » et d’invoquer « Lacan ». On peut demander ici de quel Lacan s’agit-il? Lacan 3? Ou plutôt Lacan-Z, le Lacan que Zizek construit par prélèvement pluraliste. Lacan est en fait un personnage conceptuel qui permet à Zizek de penser et de valider rétroactivement ses idées. Zizek peut alors accepter sans vergogne tout les critiques que Michel Onfray et d’autres ont pu faire du système freudien. Après tout, Lacan-Z les a tous précédés, puisque c’est un fantasme rétroactif.
Si ce livre est en partie la réponse tant attendue de Zizek à Onfray, du moins elle est plus intelligente que celle de Badiou, qui est l’auteur dont l’humour involontaire se lit dès le titre: « De l’obscurantisme contemporain ». Non, contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre en lisant l’intitulé, cet article n’est pas un texte autobiographique de Badiou où il se livre à une autocritique de son propre style d’écriture. C’est une critique magistrale des conservatismes tous azimuts qui osent critiquer « les extraordinaires constructions intellectuelles que sont les oeuvres de Darwin, de Marx et de Freud. Personne n’est nommé, mais on peut supposer, même si ça reste « obscur », que Michel Onfray est à classer parmi les conservateurs obscurantistes (ou les obscurantistes conservateurs). Badiou lui-même joue au jeu des glissements créateurs: « le vrai Freud, c’est Lacan; et le vrai Lacan c’est Lacan-B », càd pas Lacan du tout, et certainement pas Freud. Donc Badiou, tout comme Zizek, est un Onfrayiste masqué qui utilise une technique de prélèvement pluraliste pour trouver chez Lacan rétroactivement ses propres idées.

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10 commentaires pour Zizek, Onfrayiste masqué

  1. Tout ça pour ça?????
    Et pourquoi pas un Lucferryste masqué?
    Un Bêêêêhachélien masqué?
    Un Finnequellecrottien masqué?
    Voilà vraisemblablement l’une des possibilités d’interpréter ce que la langue appelle dé-lire.
    « Les braves gens ne savent pas combien de temps et d’efforts il faut pour apprendre à lire. J’y ai travaillé pendant quatre-vingts ans, et je ne peux toujours pas dire que j’y sois arrivé.» (Goethe, in entretiens avec Eckermann)

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    • terenceblake dit :

      Cher M. Santini,
      merci pour votre contribution humoristique à un blog que j’espère maintenir philosophique. Pour répondre à votre question de fond je ne peux que vous faire part de mes réactions au livre d’entretiens de Zizek, « A travers le réel », publié en novembre 2010. Zizek est un philosophe que j’aime beaucoup, et j’ai lu ses livres in extenso. Cependant, tout en admirant la clarté et la brillance de ses propos, j’ai été gêné (comme d’habitude) par cette création conceptuelle formulée dans un vocabulaire freudo-lacanien, mais qui mine le système analytique de l’intérieur et qui ouvre un champ de liberté intellectuelle plus vaste. Zizek a beau répéter que « le grand Autre n’existe pas » , il n’en tire pas toutes les conséquences. Onfray, comme Deleuze, Guattari, Foucault, Lyotard et beaucoup d’autres bien avant, a tiré les conclusions et les a exprimées dans un langage non-masqué. Or Zizek garde le masque freudo-lacanien alors que sa création conceptuelle déconstruit et déborde le cadre imposé par ce masque « rétro ».
      J’étais très intéressé par le récit de son expérience analytique, récit qui me semblait assez empirique, non-analysé (souvenez-vous de son slogan « tout est à analyser »). Zizek nous raconte comment l’analyse l’a sauvé du suicide par le biais de l’obligation de revenir pour la prochaine séance. Il déclare qu’il a été sauvé par cette facteur « bureaucratique ». Onfray, plus cru, parle de l’effet « placebo », qu’il explique en partie en renvoyant aux facteurs non-spécifiques qui opèrent dans n’mporte quel traitement psychologique: les rendez-vous, le fait de parler de ses sentiments, l’écoute d’un autre empathique, etc. Dans la deuxième phase de son analyse Zizek explique qu’il a parlé sans cesse pour éviter la question transformatrice de l’analyste. Ceci revient à poser l’analyste en Grand Autre. Or l’analyse prend fin quand on comprend que le grand Autre n’existe pas, donc la psychanalyse ne guérit pas et son fondement théorique et pratique est fantasmatique. Tout ceci Zizek le dit, et de facto il cède tout à Onfray.

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  2. Cher Monsieur Terrence Blake,

    Si vous ne faites pas la différence entre:
    • d’une part un Žižek qui parle de son expérience psychanalytique vécue avec humour, auto-dérision et subversion, tout en utilisant avec une immense maestria les concepts lacaniens pour faire comprendre l’indispensable actualité de Hegel et de Marx aujourd’hui
    • et d’autre part un non-frais qui n’a jamais fait d’expérience psychanalytique, qui n’a jamais rien compris à Nietzsche, qui prône un « érotisme solaire » alors qu’il ne sait visiblement même pas danser lui-même, avec sa moue d’éternel constipé qui ne cesse d’accumuler les cassettes de droits d’odeur…

    c’est que nous n’accordons pas la même valeur au signifiant « philosophie ».

    (quand au « grand Autre », de la façon dont vous en parlez, nul besoin d’être grand clerc pour soupçonner que vous ne savez pas non plus ce que c’est…:)
    (Althusser non plus n’a jamais compris, si ça peut vous rassurer, c’est strictement une question d’expérience analytique, liée à l’objet a…)

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    • terenceblake dit :

      Cher Christian Santini
      Tout ce que je fais c’est prendre à la lettre la préface programmatique de Zizek à son livre « La parallaxe » où il déclare vouloir « déployer toutes les conséquences (philosophiques, scientifiques, politiques) de cet axiome de l’inexistence du grand Autre) ». Vous m’accusez de ne pas savoir ce que c’est ni intellectuellement ni expérientiellement. J’attends vos arguments.
      Vous me parlez méchamment de « dé-lire », mais avez-vous lu les textes en discussion (« A travers le réel », « Le crépuscule d’une idole »)? Rien ne le montre. Vous racontez sur Onfray seulement ce qu’on peut glaner des commentaires désobligeants qui traînent sur le net. Votre texte est une petite publicité comparative (Zizek est génial! Onfray est nul!). J’attends toujours vos arguments.
      La philosophie est une affaire de concepts, d’analyses, d’arguments, de lectures – où sont les vôtres? La philosophie est aussi, je suis d’accord avec vous, une affaire d’expérience, de toute une vie. Ailleurs sur mon blog j’ai décrit un peu mon parcours de vie. L’avez-vous lu? Avez- vous lu les textes que vous commentez ici, ou les avez-vous « dé-lus »?
      PS: Vous avez « dé-lu » même mon prénom, qui est « Terence » avec un seul « r ».
      Bref, vous ne lisez pas bien, vous n’argumentez pas bien, vos propos sont vides de concepts, même vos jeux de mots n’ont aucune résonance philosophique. J’espère que vous êtes capable de mieux.

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      • Timothy dit :

        M. Santini: paroles pompeuses, creuses, aggressives…et puis son recours aux jeux de mots invidieux..
        M. Blake: vous avez raison ici.

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  3. fuslman dit :

    Bonjour.

    Je crois qu’il y a ambiguité. On ne peut assumer que le Réel n’est rien qu’une fois l’avoir traversé, avoir traversé le fantasme et constaté que celui-ci n’est Rien. Zizek, dans son analyse, a simplement constaté le fantasme du Sujet supposé savoir (je ne sais si Lacan parle de « Savoir absolu » pour parler du savoir de l’analyste). Si l’analyse repose sur des fantasmes avoués (l’analyste comme Sujet Supposé Savoir, l’analysant comme soutenant le « fantasme » de trouver quelque chose de consistant derrière sa construction fantasmatique, la formule qui le définit auprès de l’Autre), ces « fantasmes » sont néanmoins nécessaires à la construction du sujet dans l’analyse, pour que ce dernier arrive à l’assomption de son fantasme (Symbolique qui ne renvoie à rien de Réel).

    Autre chose. Par rapport à ce que dit Zizek de Lacan: Lacan ne l’intéresse qu’en tant que, conjointement à Hegel, et dans l’union de ces deux, il parvient à penser les impasses du politique d’aujourd’hui et des processus de subjectivation. Il ne faut pas oublier la référence hégélienne, ni l’application que Zizek désire en retirer: une analyse du social contemporain (à travers des films, etc.)

    Quel est l’ouvrage dans lequel Zizek fait état de son analyse (avec quel analyste ? Pas Lacan tout de même …) ? cela m’intéresserait … Merci pour la création de ce blog, qui ouvre bien des perspectives !

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    • terenceblake dit :

      Bonjour et merci pour vos commentaires.
      Le livre où Zizek fait état de son analyse (avec Jacques-Alain Miller comme analyste) est « A Travers le Réel », voir http://fabientarby.blogspot.com/2010/09/zizek-travers-le-reel-entretiens-avec.html.
      Il y a « ambiguité » chez Zizek au sens où son appareil théorique permet la critique des fantasmes constitutifs de la psychanalyse elle-même et néanmoins il maintient un attachement dogmatique à Freud et Lacan. Là où Onfray est très clair, Zizek hésite, se contredit, reste ambigu.
      Zizek attribue la recherche du Savoir Absolu ou de la symbolisation complète au premier Lacan, la traversée du fantasme et la confrontation avec la limite de la symbolisation du réel appartient, toujours selon Zizek, à une deuxième phase, où le but est de résoudre les symptômes. Mais le « vieux Lacan » abandonne à la fois la prétention de guérir et la prétention d’arriver au fantasme fondamental.
      Donc il n’y a pas un seul processus de subjectivation dans la psychanalyse, il y en a plusieurs possibles. De surcroît, une partie importante d’une analyse semble être la nécessité de se défaire de fantasmes introduits par la psychanalyse elle-même, dans ses phases antérieures. Le processus de subjectivation décrit par Zizek est bien un processus de soustraction, mais cette soustraction est incomplète. C’est pourquoi Zizek me semble être en recul par rapport à Deleuze et Guattari.

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  4. terenceblake dit :

    Thanks a lot for this link. Do you know this site: http://www.webdeleuze.com/php/sommaire.html ? It gives transcripts in French and often in English translation of many of these courses.

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