ALL THINGS SHINING: La Préambule

ATS commence avec une page en préambule qui énonce clairement leur vision du mauvais prédicament du monde:

« Le monde nous chaut moins que jadis. Les vies chargées d’intensité et de sens menées par les grecs homériques et la grande hiérarchie du sens qui structurait le monde médiéval chrétien de Dante, toutes les deux, contrastent absolument d’avec notre époque laique. »

Selon les auteurs, le monde était jadis « un monde rempli de choses sacrées et lumineuses », qui élicitait l’émerveillement comme tonalité affective appropriée à la vie menée dans la proximité aux choses brillantes et sacrées. On a ici l’explication du titre « ALL THINGS SHINING », que je propose de traduire par « LA BRILLANCE DE TOUTES CHOSES ». Le sous-titre se traduit « Lire les classiques de l’occident pour trouver du sens dans un monde séculier », et on a compris qu’on commencera avec la lecture d’Homère. Le livre a été écrit par des philosophes professionnels qui souhaitent s’adresser au grand nombre, aux lecteurs désireux de « ramener les choses brillantes », de « dé-couvrir l’émerveillement qu’on (càd les grecs homériques et les chrétiens dantesques) était jadis capable de ressentir », de sortir de la tristesse du monde nihiliste.

Commentaires                                                                                                                                   1) Nostalgie:                                                                                                                               Amener plus de lumière, plus d’intensité, plus de sens, plus de joie –  c’est un programme attirant. Mais le vocabulaire m’inquiète un peu déjà, « ramener », « attirer le retour », « dé-couvrir »: c’est tout un vocabulaire nostalgique. On voit se dessiner un grand récit du déclin de l’occident et de la chute progressive dans le nihilisme. Ce récit du déclin et de la chute donne un éclairage partisan et unilatéral de notre monde actuel, alors que ce qui est visé c’est un retour aux choses. Au lieu de parler d’une éthique du retour du sens il serait plus cohérent d’élaborer une éthique de la cultivation du sens et des affects, car une reprise à l’identique d’anciens modèles n’est ni possible ni souhaitable.

2) Théologie postmoderne:                                                                                                                Le modèle sera le polythéisme homérique, mais traduit et sublimé en ontologie des tonalités affectives. Les « dieux » sont des affects et le polythéisme grec nous montre le modèle d’une culture qui attache beaucoup plus d’importances aux affects que ne le fait le nôtre. Ces affects chargent les choses du monde avec intensité et sens, avec un éclat merveilleux. Le projet du livre serait de proposer des matériaux pour la cultivation d’une intelligence affective. Mais l’équivalence entre « choses brillantes » et « choses sacrées » pose également problème. J’imagine que Dreyfus et Kelly ne veulent pas élaborer une nouvelle théologie post-moderne pour apporter un supplément d’âme à une époque qui survient après la mort de dieu, annoncée par Nietzsche (qui fait figure bizarrement d’anti-héros ou de contre-modèle dans le livre).  Les « choses sacrées » ne sont qu’une sous-classe des « choses brillantes ». Une vie fondée sur la cultivation des intensités, des affects et du sens sans référence au « sacré » vaut tout à fait la peine d’être vécue, et ne doit pas être exclu par un glissement biaisé au niveau des catégories.

3) Corrélationisme:                                                                                                                           La référence aux « choses » du monde semble vite recouverte par la notion de leur « éclat » (ou non). Graham Harman, qui est aussi un philosophe post-heideggerien, a relevé une tendance au refoulement des choses réelles en faveur d’un intérêt exclusif à leur mise en corrélation avec nous. Dreyfus et Kelly veulent mettre fin à l’hégémonie du moi autonome et volontariste sur les choses du monde, mais est-ce que leur problématique leur permet de sortir du « cercle corrélationiste » pour parler des choses sans les rapporter à la corrélation avec une subjectivité? Les auteurs parlent constamment de la « tonalité affective » qui accorde un sujet et qui dévoile un monde, donc ils semblent piégés dans une hégémonie de la corrélation.

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