BILAN-PROGRAMME POUR UN BLOG PLURALISTE (2): le pluralisme contre le spectre du constructionnisme et le réalisme régressif

5) LE SPECTRE DU CONSTRUCTIONNISME

Mon problème n’a jamais été de combattre le constructionnisme (i.e. ni le relativisme épistémologique ou ontologique, ni le constructivisme linguistique ou social) mais le monisme et l’ontologie synchronique. Ce qui m’a posé problème dans la pensée récente c’est plutôt ceux qui annoncent que nous sommes menacés par le constructionnisme: j’ai découvert avec étonnement le combat de Quentin Meillassoux contre le “corrélationisme” et de Graham Harman contre les “philosophies de l ‘accès”. Loin de représenter un progrès décisif dans la critique de la philosophie post-kantienne, le concept de “corrélationisme” est mal construit,  ayant une intension très faible et une extension quasi-universelle. Ce n’est pas vraiment un concept novateur, puisqu’il reprend à l’identique le concept althussérien de la “problématique du sujet”, qui était appliqué à des adversaires théoriques tous azimuts.

6) UN RÉALISME RÉGRESSIF MONISTE

Le grand récit raconté par ces “réalistes spéculatifs” ne correspond pas à mon expérience philosophique. Selon ce récit le monde intellectuel est dominé par une sorte d’idéalisme linguistique et/ou épistémologique. Sous son hégémonie incontestée nous sommes aliénés, enfermés dans des abstractions et des phantasmes, coupés du monde extérieur. Seule une révolution philosophique, nous détournant des arguties épistémologiques et des chicanes linguistiques, serait capable de nous ramener au grand dehors et à une ontologie réaliste saine.

7) LE PLURALISME EST UN RÉALISME

Parfois l’ennemi désigné c’est le pluralisme, assimilé à un relativisme où toutes les croyances sont bonnes, du racisme et du sexisme jusqu’aux fondamentalistes religieux et aux climato-sceptiques. Cependant, une grande partie de la philosophie post-structuraliste a été consacrée au dépassement de la menace idéaliste en faveur d’un réalisme qui serait compatible avec le pluralisme (Deleuze, Foucault, Lyotard, Serres). Le prolongement de cette lutte contre l’idéalisme ne se trouve pas dans le “réalisme spéculatif” mais dans le pluralisme ontologique qui se trouve articulé dans les œuvres de Bruno Latour, de Bernard Stiegler, de François Laruelle, et de quelques autres. Ces auteurs partagent une critique de la phénoménologie et aussi du scientisme, une épistémologie pluraliste, et une ontologie diachronique.

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3 Responses to BILAN-PROGRAMME POUR UN BLOG PLURALISTE (2): le pluralisme contre le spectre du constructionnisme et le réalisme régressif

  1. Jacques Bolo says:

    Le pb est plutôt celui des généralités philosophiques qui veulent un peu trop synthétiser la réalité, au point de la perdre, sans prises sur le réel, ce que garantirait un pramatisme vraiment pragmatique. Le constructivisme prétendant, de son côté, résoudre le pb en considérant que ce sont les mots qui créent les choses, illusion classique d’intello qui ignore les réalités humaines ou matérielles de la mise en pratique (d’où les conséquences staliniennes, par exemple).

    NB. L’idée que le relativisme signifie que tout est bon est simplement une idée de réactionnaires qui veulent dire que les idées ou les cultures des autres sont moins bonnes que les leurs. Personne ne pense que tout est bon (trop grande généralité, seulement verbale). On voit que si on spécifie de quoi on parle (hors des circonlocutions académiques), tout est parfaitement clair.

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  2. terenceblake says:

    Oui, les possibilités ne se limitent pas à l’opposition entre le réalisme spéculatif et le constructivisme idéaliste. Le pragmatisme est un constructivisme réaliste, comme on le trouve aujourd’hui chez Bruno Latour.

    En ce qui concerne le malentendu sur le relativisme, on peut rappeler que le philosophe des sciences Paul Feyerabend, commentant la liberté de la pratique des sciences comparée aux contraintes irréalistes des épistémologues, a déclaré que si on exigeait un principe méthodologique pour la conduite des sciences le seul possible serait “Anything goes”. Strictement ceci se traduit “tout peut marcher”, mais la traduction retenue c’est “tout est bon”.

    Dans les deux cas nous assistons à la tentative d’imposer une grille de lecture simpliste sur des idées qui existent en dehors des dualismes faciles.

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  3. Jacques Bolo says:

    Il est bien évident que “Contre la méthode” de Feyerabend signifie forcément qu’une méthode a priori a toujours des limites. Une référence plus ancienne est celle de la servante (Nicole?) du “Bourgeois gentihomme” de Molière, qui “touche en quarte sans passer par tierce” quand elle bat son maître à l’escrime, en ne respectant pas l’ordre de la leçon.

    Mais le pragmatisme (à l’américaine) n’exclut pas la question d’une formalisation qui ne serait pas que pédagogique. C’est tout le pb la possibilité opératoire et heuristique de l’intelligence artificielle (voir http://www.jacquesbolo.com/html/philoia-table-fr.html).

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