MICHEL ONFRAY CONTRE LA GRANDILOQUENCE SURCONCEPTUELLE

Chaque été depuis 12 ans j’écoute la rediffusion des cours de Michel Onfray sur France Culture. Dès le début Onfray annonçait qu’il s’agissait d’une “contre-histoire de la philosophie”, commençant avec la Grèce antique et parcourant les siècles jusqu’au cours de cette année sur “la pensée post-nazie” examinée à travers trois “enfants de Heidegger”: Hannah Arendt, Hans Jonas, et Günther Anders. Onfray arrive à élaborer un portrait conceptuel de Heidegger qui est d’autant plus percutant qu’il l’aborde à la fois directement en termes de ses concepts philosophiques, de son style intellectuel, et des faits et gestes de sa vie et aussi indirectement en examinant les analyses et les témoignages de 3 anciens élèves de Heidegger.

Le style de Michel Onfray est sobre et comme d’habitude tend plutôt, malgré quelques exceptions plus “féroces”, vers la litote que vers l’emphase “pamphlétaire”. Onfray est simplement un artisan de l’argumentation. Il refuse l’intoxication conceptuelle, ce qui fait sortir hors de leurs gonds les défenseurs aveugles, les magouilleurs, et les joueurs sur l’échiquier du piston et du copinage. Son style n’est ni apocalyptique, ni “grandiloquent”.

L’hypothèse qui guide l’orientation intellectuelle est énoncée très clairement dans une citation qu’il tire de L’OBSOLESCENCE DE L’HOMME:

en quoi a consisté la passion de la philosophie, celle qui a animé les philosophes les plus divers, si ce n’est à choisir de se détourner avec grandiloquence du contingent, du « mundus sensibilis », pour se tourner vers l’« essentiel », le « mundus intelligibilis » ? (page 25).

Souvent ce que Michel Onfray nous raconte est connu par ceux qui s’intéresse à ces questions. Pourtant, il ne faut par perdre de vue son hypothèse organisatrice, qui s’avère redoutable dans la mise en perspective non seulement des ambiguïtés de Heidegger datant d’avant son engagement Nazi, non seulement de son comportement pour la période d’avant pendant et après la deuxième guerre mondiale, mais aussi des opérations de déni effectuées par ses anciens élèves et nouveaux acolytes.

Le déni du réel mis en évidence par Onfray est tellement endémique à la philosophie qu’on peut demander si c’est un phénomène seulement contingent, “accidentel”, ou s’il y a là un danger intrinsèque à la philosophie, son ombre transcendantale.

 

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2 Responses to MICHEL ONFRAY CONTRE LA GRANDILOQUENCE SURCONCEPTUELLE

  1. Corentin Jan says:

    “Endémique à la philosophie”? Je vous mets pourtant au défi de trouver une telle suspension du réel chez les philosophes suivants: Aristote, Montaigne, Rousseau, Kant, Hume, Wittgenstein ou Foucault. Il ne me semble pourtant pas qu’il s’agisse là des moindres dans la fumisterie qu’est à vos yeux la tradition philosophique

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  2. terenceblake says:

    Je précise “endémique” plus loin comme “danger intrinsèque” et comme “ombre transcendantale”. Le déni du réel c’est ce que d’autres ont appelé le “platonisme”, le décrivant comme une tendance consubstantielle avec là philosophie. Certes, ce n’est pas la seule tendance à l’œuvre. Je suis d’accord avec vous à propos d’Aristote, Montaigne, Hume, Rousseau, Wittgenstein, et Foucault. Tous ces penseurs me semblent sortir de ce platonisme, à des degrés différents. Kant, sauf dans son esthétique et son emploi du jugement réfléchissant, ou dans certains de ces réflexions politiques, c’est autre chose. Je ne crois pas que la tradition philosophique se réduit à une “fumisterie” du simple fait qu’elle soit platonicienne de façon hégémonique. En fait ce que je dis dans mon texte n’est pas nouveau, je trouve des remarques semblables chez Foucault lui-même et chez Wittgenstein (et aussi chez Deleuze et Lyotard). L’enjeu de mon analyse est de rattacher Onfray à cette contre-tradition et aussi, mais il me faudra du temps, de montrer que Michel Onfray diagnostique dans la tradition un problème qui est décrit et analysé aussi dans d’autres termes par ces auteurs (qu’il cite). Ceci pour montrer que la critique du “corrélationisme” qu’on trouve chez Meillassoux n’est pas nouveau, et qu’on trouve chez Onfray déjà une formulation de ce problème qui est plus satisfaisante.

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