ONFRAY, DELEUZE, ET LA RENCONTRE DU CONCEPT

Je viens d’écouter LA DÉCONSTRUCTION EXISTENTIELLE, une conférence par Michel Onfray où il présente sa vision de l’histoire de la philosophie de l’antiquité à nos jours de façon ramassée (1H30), et fait comprendre toute son ampleur et toute sa cohérence. Onfray trace l’origine d’un mauvais usage du concept, de ce que j’appelle le “surconcept”, le concept détaché du monde et poursuivi en soi, comme s’il existait dans un élément à part. Il suggère qu’un autre type de concept existe, non-séparé de notre vie dans le monde, et j’ai souhaité compléter sa perspective avec quelques aperçus tirés du Deleuze concernant un “bon” usage du concept.

“Les concepts ne sont pas dans la tête: ce sont des choses, des peuples, des zones, des régions, des seuils, des gradients, des chaleurs, des vitesses” (Deleuze, L’ÎLE DÉSERTE, 392).

“Les concepts ne sont pas dans la tête” – c’est le cri du cœur du philosophe en guerre contre sa propre identité de philosophe. C’est la thèse de l’empiriste, qui refuse le dualisme:

Il n’y a que l’empiriste qui puisse dire: les concepts sont les choses mêmes, mais les choses à l’état libre et sauvage, au-delà des “prédicats anthropologiques” (Deleuze, DIFFÉRENCE ET RÉPÉTITION, 3).

“Les concepts sont les choses à l’état libre” – c’est le refus de couper le monde en deux, de séparer un monde intelligible d’un monde sensible. Le concept ne sert pas à enfermer le monde dans des cases abstraites mais à libérer le monde des limitations imposées par nos conceptions trop “humaines”, trop conformistes et consensuelles.

“Dès les premiers cours de philosophie, j’ai su que c’est ça que je ferai … là je savais que: ou bien je ferais de la philosophie ou bien je ferais rien … C’est comme si, quand j’apprenais l’existence des choses aussi étranges qu’on appelait des concepts, ça m’a fait le même effet que pour d’autres la rencontre d’un personnage d’un roman fantastique … ça m’a paru aussi vivant, aussi animé … je savais que c’était ça pour moi, que ce serait ça pour moi”. (Deleuze, E comme Enfance, L’ABÉCÉDAIRE DE GILLES DELEUZE). 

Deleuze est un grand philosophe, mais il décrit une expérience que nous avons tous. Nous ne cessons pas de rencontrer des concepts au-dehors, dans des situations pas forcément très “académiques”. Ce ne sont pas des ruminations dans notre tête, qui relèvent du domaine de l’opinion et de la répétition du familier. On rencontre un concept plutôt dans un choc, un problème, ou un événement marquant, et on ne voit plus le monde de la même manière.

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