NON-PHILOSOPHIE: SUTURE OU RUPTURE?

Il n’y a pas de garantie qu’une philosophie en rupture des systèmes de pensée conformistes ne soit récupérée par ce qu’elle dénonce. Rien, pas même une philosophie qui se donne pour tâche d’éviter ces apories et les compromis, n’est à l’abri de la récupération ni de la dérive dogmatique. Restons vigilants.

On est en droit de se demander, par exemple, si une “récupération” de la non-philosophie de François Laruelle existe? La réponse est malheureusement oui. Au niveau intellectuel, chaque fois qu’il y a suture de la non-philosophie avec un domaine spécifique (science, religion, politique, psychanalyse, ou art), on a réductionnisme, trahison, et récupération.

Chaque fois qu’on a aimé une pensée, chaque fois qu’une philosophie nous a apporté un soutien non seulement théorique mais pratique, une force de résistance et d’affirmation, on est tenté de croire en son “‘infaillibilité”. Cependant, il ne faut pas faire de votre histoire ou de votre expérience personnelle une généralité.

Vous avez trouvé une pensée de ruptures dans la non-philosophie de François Laruelle, dans le pluralisme de Michel Serres, ou dans la métaphysique empirique de Bruno Latour, mais ces ruptures sont tout aussi bien de votre propre ressort. En soi, ces pensées ne vous protègent pas de la rengaine identitaire, du ressassement dogmatique, ni de la répétition stérile. Tout est dans l’usage que vous en faites.

Il existe des ressasseurs laruelléens, deleuziens, latouriens, stieglériens, wittgensteiniens. Laruelle n’est pas toujours en rupture d’avec lui-même et il se repète souvent. Je parle de la récupération comme la trahison de ce qui sort, et nous sort, du simulacre universitaire ou sociétale, pour le ramener à nouveau dedans. Par exemple, Laruelle lui-même est dans le simulacre chaque fois qu’il parle de Deleuze.

Une répétition créatrice, non-philosophique, répéterait le matériau de la philosophie sans répéter l’autorité, la suffisance, le dogmatisme, ou la société fermée. Ce sont des critères immanents pour évaluer la force individuante de la non-philosophie, ou au contraire sa force universitaire ou marchande.

Note: Je remercie Philo Monde, qui m’a aidé à clarifier mes idées sur ce point dans une discussion très intéressante sur facebook.

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