DELEUZE, EPSTEIN, ET LE CINÉMA POÉTICO-ONTOLOGIQUE

Je viens d’assister à une conférence très stimulant par Arnaud Maillet sur le cinéma et la philosophie du cinéma de Jean Epstein: ” Image ralentie, image accélérée. Réflexions des cinéastes Jean Epstein et Jean Comandon”.

La pratique et la philosophie du cinéma de Jean Epstein est poético-ontologique. On y trouve beaucoup d’idées qui ont eu une grande influence sur la pensée de Deleuze dans ses deux volumes sur le cinéma. Dans ses livres sur le cinéma Deleuze cite Epstein souvent: une vingtaine de fois dans CINÉMA 1: L’IMAGE-MOUVEMENT et encore dans CINÉMA 2: L’IMAGE-TEMPS cinq fois.

Selon les analyses d’Epstein, avec le cinéma et sa plasticité inhérente on peut atteindre à une perception non-humaine des choses, de leur nature et de leur temporalité: tout est mouvement et transformation. Les techniques spécifiques du cinéma permettent de faire voir ce mobilisme et ce transformisme universels. Le cinéaste est voyant et sorcier, thaumaturge et demiurge. Le cinéma, en agissant sur notre perception remanie non seulement notre perception mais la nature des choses.

Les ressemblances entre la pensée de Deleuze et celle d’Epstein sont tellement massifs et frappants que je me demandais si Deleuze s’est contenté simplement de piller l’œuvre du poète cinéaste. Il me semble que malgré les influences, les emprunts, et les convergences il y a une différence dans la conception du temps.

Epstein parle du mouvement et du devenir comme si c’était la même chose, comme si la tâche de faire voir le mouvement universel suffisait de faire voir le temps. Dans les termes deleuziens cette indistinction du mouvement et du temps pose peut-être une limite à la pensée-cinéma d’Epstein, qui évoluerait en grande partie à l’intérieur de ce que Deleuze appelle l’image indirecte du temps.

Cependant, Maillet a projeté un extrait d’un des derniers films d’Epstein, Le Tempestaire, qui semble dépasser ce cadre et nous donner une image directe du temps. Le ralenti de l’image s’étend au son, l’aura de la tempête remplit tout le film et la boule du tempestaire semble intégrer l’œil de la caméra qui se fragmente en bris à la fin, signifiant la fin de la maîtrise de l’homme sur le “temps” (dans tous les sens).

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