LE GAMBIT DU RENARD: fantasy corrélationniste ou sf mathématique?

Certains lecteurs arguent que ce roman ne mérite pas le titre de science fiction, puisque le principe de base de son univers est que les lois de la physique peuvent être modifiées par un système « calendaire ». Ceci semble relever plutôt du genre fantastique et de ses systèmes de magie, où l’esprit peut plier la matière et les lois de la physique à sa propre volonté.

Le haut calendrier impérial est basé sur la programmation de la vie quotidienne et des croyances des sujets de l’empire en termes d’unités de mesure du temps et de cérémonies obligatoires, impliquant la torture rituelle de boucs émissaires ou la remémoration des tortures infligées. Il s’agit de marquer et de fêter des points de repère importants dans la psyché collective pour permettre la création et la maintenance de la réalité consensuelle des « machineries de l’empire », et pour la production des effets « exotiques » tels que les voyages  à des vitesses supraluminiques.

Je pense qu’une interprétation SF du roman est possible, si on accepte de considérer que les mathématiques sont une science. Les calendriers différents seraient basés sur des systèmes d’axiomes qui permettent l’accès à des effets physiques qui sont générés dans et par l’interaction des observateurs avec le monde observé, plutôt d’être produits de toutes pièces par un esprit tout-puissant.

Malheureusement, Yoon Ha Lee a choisi de tirer le roman de cette infra-structure de sf-mathématique en direction d’une imagerie fantastique. Il aurait pu écrire un roman exigeant comme Anatèm ou Neverness (autres romans de sf-mathématique), mais il a choisi de recouvrir ce soubassement mathématique avec les tropes simplistes du combat entre le Bien et le Mal mené avec les moyens d’une techno-magie.

L’apparence « exigeante » du roman vient plutôt du fait qu’on démarre in medias res, avec des termes et des technologies qui ne sont expliqués que bien après. Notamment, il faut attendre le troisième tome pour apprendre la nature des vaisseaux FTL. Yoon Ha Lee aurait pu incorporer cette explication dans ce premier livre, sans problème. On pourrait supposer qu’il s’est laissé entraîné par l’imagerie poétique, et qu’il a inventé l’explication après coup.

Même si les deux suites sont moins impressionnantes que ce premier tome, la trilogie est une œuvre majeure de la sf contemporaine, grâce à cette ouverture époustouflante, et grâce à l’attachement à son monde et à ses personnages qu’elle crée.

Pour plus d’information on peut voir ce compte rendu très utile:

Le gambit du renard – Yoon Ha Lee

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