Lecture de POSTCRITIQUE (2): Don’t hate, accelerate!

Le premier chapitre de POSTCRITIQUE est un texte écrit par Armen Avanessian, dont le titre est « Pour une accélération ». Il s’agit de la traduction en français du premier chapitre de son livre Überschrift. Ethik des Wissens – Poetik der Existenz (Épigraphie. Éthique du savoir – Poétique de l’Existence).

Dans ce texte Avanessian défend la thèse qu’il existe une complicité entre la critique et son objet, telle que chaque élément sert à légitimer l’autre. Il n’y a pas de véritable crise de légitimation, l’ensemble de ces deux éléments (doxa et critique) convertit la crise en stase.

Vanessian s’oppose avec force à l’équation penser = critiquer qui régit non seulement l’académie néolibérale, mais l’université dès son début. Avanessian traite cette équation non plus comme un axiome indubitable, mais comme une hypothèse testable. Il trouve beaucoup de preuves qui falsifie cette hypothèse, et argue que la maintenir aujourd’hui relève de la pensée magique.

La critique, en tant qu’elle fonctionne comme « instance normative hégémonique », n’est pas un opérateur de changement. Elle ne sert qu’à interpréter le monde, et donc à nous réconcilier à son état actuel. Le criticisme est un consumérisme.

Pour changer le monde, il faut pouvoir le « manipuler » de façon à construire de nouvelles configurations. Cette manipulation est une action noétique, menant à la découverte et à la mise en pratique de nouvelles possibilités de vie, suivant des logiques heuristiques telles que l’abduction.

Avanessian identifie la logique de la critique avec le régime de pensée de l’académie, et note que la logique de la création mène à la sortie de l’académie ou à sa transformation. La philosophie deviendrait phronesis, « sagesse situationnelle », en conjuguant l’intellect (noèse), l’action (praxis), et l’engendrement poétique (poiesis).

Une philosophie, dont l’ambition est d’être plus qu’une praxis académique autosuffisante et qui se montre désireuse d’investir sa dimension poïétique, se différencie d’une theoria entendue comme la contemplation d’un savoir préexistant et transmis.

Cette nouvelle praxis de la philosophie, libérée de la suffisance académique, doit repérer et nommer les conflits au lieu de les masquer, pour s’engager dans un processus actif de transformation. Avanessian appelle ceci un processus d’othering, ou d’épigraphie.

Avanessian cite certaines déclarations de Jean-François Lyotard à propos de la critique. L’évolution de Lyotard sur cette question est très instructive. Il est passé d’un rejet de la critique en faveur d’une politique des intensités dans les années 70 à une défense de la critique comme sémiotique des intensités associée à une politique des phrases.

De moniste et dogmatique, la critique est devenue pluraliste et poétique. Il n’y a pas de véritable contradiction puisque la critique a changé de sens. La critique visée par le premier Lyotard était un instrument de dés-intensification en vue de pérenniser le statu quo. Celle prônée par le dernier Lyotard relève du jugement réfléchissant kantien, que Lyotard associe avec la « phronesis » aristotélicienne, défendue également par Avanessian comme sagesse post-critique.

Célèbre pour son analyse du concept de la « postmodernité », Lyotard a explicité le sens de ce vocable en termes de ré-écriture. Selon lui, ce qui caractérise le postmoderne c’est le geste de « réécrire la modernité ». La « réécriture » lyotardienne nous semble l’ancêtre de ce que Avanessian appelle « Überschrift » (« épigraphie » dans la traduction retenue dans ce chapitre).

Il est regrettable que le titre originel de ce chapitre, « Kritische Legitimität » (« Légitimité Critique ») n’a pas été retenu. Le paradoxe est un des outils de l’épigraphie qu’Avanessian prône. Le titre retenu, « Pour une accélération », n’est pas paradoxal mais ambigu, en ceci que l’accélération peut être un concept quantitatif ou qualitatif.

En tant que concept quantitatif il rappelle la politique électrique et machinique des intensités, en tant que qualitatif il évoque la pratique noétique et sémiotique de la ré-écriture ou de l’épigraphie.

En conclusion, l’accélération au sens d’Avanessian n’est pas un concept quantitatif, elle est inséparable de procédés relevant de l’heuristique la découverte et de la construction de nouvelles configurations: l’abduction, la manipulation, la récursion, l’épigraphie. Ces procédés ne relèvent pas des intensités empiriquement données, mais de leur reprise noétique et sémiotique.

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Un commentaire pour Lecture de POSTCRITIQUE (2): Don’t hate, accelerate!

  1. I remember when #LeoSteinberg told us that he quit reviewing art because he saw that he just legitimized its consumer value especially when the artist was a newcomer on the scene, such as his famous one on #JasperJohns.

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