LARUELLE ET LE BATEAU DE THÉSÉE (1): Torsion/Rétorsion

Lectures intéressantes sur le blog Miettes non-philosophiques (dans le sillage de François Laruelle)

1) Miettes non-philosophiques: La Non-philosophie est-elle une Discipline ? (Partie I : Science première et théorie unifiée) – Réflexion très intéressante concernant l’évolution du statut de la « science » dans l’œuvre de Laruelle.

2) Miettes non-philosophiques: Dualyser la Résistance philosophique – Réflexions non-critiques sur les façons laruelléennes de se soustraire du débat critique en invalidant de pannes entières d’arguments et en interdisant les arguments par « rétorsion ».

Je trouve ces deux textes contradictoires.

Supposément la « rétorsion » est un procédé philosophique irrecevable, et néanmoins Laruelle la pratique constamment en Philosophie III lorsqu’il dit à son soi précédent « toi aussi, tu es soumis à l’autorité de la science et à l’esprit philosophique de l’hiérarchie. »

Le fait que ce soit une auto-rétorsion n’empêche pas que rétrospectivement Laruelle valide les rétorsions de certains de ses critiques.

Ma conclusion est que la rétorsion n’est pas intrinsèquement soumise au principe de suffisance. Elle ne peut pas être un critère de démarcation entre la philosophie et la « non-philosophie ». Elle constitue en fait un puissant procédé d’évolution théorique, une méthode souvent employé dans le débat scientifique.

La « polémique », ou la controverse ne peut servir de critère de démarcation non plus. La polémique est omniprésente dans l’œuvre de Laruelle, cf. la polémique contre la suffisance philosophique. Elle aussi s’avère intégrale à la poursuite du progrès scientifique.

Ma deuxième conclusion est qu’il n’y a pas d’opération intrinsèquement philosophique. La rétorsion et la polémique ne sont pas toujours et partout des « opérations philosophiques ». L’affirmer comme une règle universelle serait donner le primat à la sémantique sur la pragmatique.

La démarcation entre science et philosophie ne peut être que pragmatique. En conséquence, elle ne peut pas être principielle, ni saturante. Elle ne peut être qu’au cas par cas, prudentielle et pragmatique.

L’évolution de la pensée de Laruelle implique qu’une grande partie de ses anciens refus, polémiques et démarcations ne peut pas être maintenue. On a trop tendance d’ignorer cette implication.

La philosophie non-standard et la philosophie « forcé » procèdent par extension et enrichissement, non par exclusion et interdiction. L’interdiction du procédé de « rétorsion » est donc caduque.

Quelle horreur l’idée de s’ériger en grand censeur des arguments.

La « force (de) pensée » s’exprime dans le travail et non pas dans son économie, implémenté par le moyen de principes universels et d’interdictions paresseuses.

Or, le refus principiel des arguments par rétorsion exprime une pensée sans force.

Ma troisième conclusion est donc que le champ de dialogue dans la Philosophie V est beaucoup plus ouvert que ses origines ne l’autorisaient.

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