Studio Philo: Foucault et le cinéma

Mercredi 20-04-11.
J’assiste depuis quelques années aux conférences STUDIO PHILO d’Ollivier Pourriol à la Cinémathèque de Nice. Chaque année il construit une problématique autour d’un thème qui mobilise à la fois la philosophie et le cinéma. Cette année le thème est les divers dispositifs de pouvoir analysés dans les oeuvres de Foucault (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Surveiller_et_punir), et la constitution du pouvoir psychiatrique (surtout dans « Le Pouvoir psychiatrique », Paris, Gallimard, 2003 et « Les Anormaux », Paris, Gallimard, 1999). Chaque conférence est elle-même une oeuvre d’art qui alterne citations textuelles, exposé conceptuel et extraits de film dans un discours hybride où le passage fluide entre images, concepts, anecdotes vitales et propos personnels contribue à une synthèse ouverte qui ne se fige jamais en doctrine.
Ce soir le sujet était les trois figures de l’anormal: le monstre, l’incorrigible, et l’enfant masturbateur. Le corpus de films était: Les Beaux Gosses, Hulk 2, et Minority Report. Pourriol semble vouloir relier
(1) une thèse historique concernant le passage d’une psychiatrie axée sur l’étude des anormaux (monstres et criminels incorrigibles) à une psychiatrie qui traque et essaie de corriger les petites anomalies dispersées partout dans le champ social. En ce cas les figures cinématiques ne serviraient qu’à illustrer des thèses et des concepts ayant une existence et une consistance autonomes.
(2) une thèse socio-psychologique concernant le rôle à la fois cathartique et adaptateur du cinéma. Selon cette thèse, les figures cinématiques et leur aventures ont un rôle actif dans la production d’une subjectivité en phase avec notre situation historique.
Le Hulk peut illustrer le concept de monstre, mais son traitement cinématographique peut nous permettre de sublimer notre monstre en l’adaptant aux rythmes et aux exigences de la vie moderne.
A la fin Pourriol a indiqué que Foucault avait tendance à ne voir dans la psychiatrie que la tendance à prendre le pouvoir et à l’étendre partout dans le tissu social. Ce serait une limite à la pensée foucauldienne, contestée aujourd’hui par des psychiatres influencés par la pensée de Wittgenstein. Deleuze aussi a indiqué la limite des analyses du Foucault en exposant le passage contemporain d’une société disciplinaire à une société de contrôle (voir http://infokiosques.net/imprimersans2.php3?id_article=214). En effet, lorsque Deleuze parle de « la nouvelle médecine « sans médecin ni malade » qui dégage des malades potentiels et des sujets à risque », il décrit comme en voie d’actualisation le régime d’intervention du « Minority Report » avec ses criminels potentiels et ses sujets à risque. Nous évoluons de plus en plus sur le plan du contrôle. Il me semble que « adaptation » a deux sens, tels qu’ils sont exposés dans un autre film basé sur une nouvelle de Philip K. Dick, « L’Agence ». Les forces du contrôle essaient de nous « ajuster », de nous adapter au plan. Mais on peut aussi estimer que le plan est révisable, et tenter de l’adapter à nos désirs et à nos exigences.

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